vestiges

«La question des Vestiges, pierre angulaire de ce numéro, m’a amené à faire un lien avec l’archive.
Je m’explique.
Les usages contemporains de l’écriture sont au cœur de mes réflexions actuelles. C’est un territoire d’investigation qui part de l’origine, l’écriture en tant que trace physique qui intrinsèquement permet sa mise en mémoire, jusqu’à aujourd’hui où brassée par les flux, bousculée par les outils numériques elle évolue constamment. Enfant de l’écriture, l’archive dans sa forme numérique réactive la notion d’Anarchive inventée par Jacques Derrida comme la dimension autodestructrice de l’archivage lors du confinement des documents dans le contexte des systèmes actuels d’agrégation automatisée des données.
L’archive numérique est fragile, car les supports d’enregistrement optiques le sont – probablement plus que les supports imprimés. Sa pérennité dépend aussi de son encodage, de son mode d’écriture : alors que nous avons toujours accès aux manuscrits de la mer Morte ou à d’autres textes vieux de plusieurs siècles, l’obsolescence des formats d’enregistrement a pour conséquence une consultation délicate, voire impossible des fichiers informatiques vieux de seulement quelques décennies. L’archive numérique contient aussi cette particularité d’être duplicable à l’infini sans altérations. Contredisant un instant sa fragilité, elle peut ainsi exister sur des milliers de serveurs accessibles à tout instant depuis n’importe quelle localisation, ce qui semble la rapprocher d’une certaine éternité. Mais au moment où l’information entre dans l’histoire, elle entre dans l’oubli, noyée dans un flux incessant de données. Pour l’inscrire durablement dans le temps, il faut un registre, il faut documenter le contenu, cataloguer, lister, indexer : écrire du texte sur le texte. Cet aspect de l’archivage a mené à la conception de la maquette proposée dans le numéro 12 de Entre.»

 « Anarchive. Comme accumulation de traces mémorielles, l’archive est faite pour soutenir la mémoire. Mais cet archivage est aussi un oubli. Toute trace est finie ; toute trace peut être détruite, s’effacer, se perdre (c’est la cendre, cette figure de l’anéantissement sans reste ni mémoire). »
Cette définition est extraite du site Idixa.net, projet d’archivage et d’étude de l’œuvre de Jacques Derrida mené par Pierre Delayin

Texte écrit pour l’introduction du n°12 Vestiges de la revue Entre, en décembre 2014.